Bruxelles alerte le Gouvernement andalou qu'il est illégal de dupliquer l'enregistrement des appartements touristiques en créant un enregistrement régional

Le projet du gouvernement andalou de créer un registre des locations à court terme risque sérieusement d'aller à l'encontre de certaines règles de l'UE, prévient la Commission européenne. Compte tenu de la loi sur le tourisme durable en cours d'examen au Parlement andalou, l'analyse réalisée par la Direction du Marché Intérieur de l'Union indique qu'il existe déjà en Espagne un registre national de ce type d'hébergement ; que celle-ci relie en outre les plateformes électroniques, et que « toute obligation d'inscription imposée » sur les deux « serait contraire à la réglementation européenne sur la location de courte durée ».

Des sources du ministère du Tourisme affirment que le registre le plus ancien est le leur, faisant allusion au Registre andalou du tourisme, qui date de plus d'une décennie, mais le rapport de la Commission se réfère exclusivement au registre des locations à court terme, prévu pour mi-2026. Eva Saiz rapporte. Ils font également référence à une résolution du TRIS (Technical Règlement Information System) – le système d'information de la Commission européenne destiné à prévenir les obstacles au commerce dans le marché intérieur – dans laquelle elle s'est prononcée contre la duplicité et a indiqué que c'est le registre d'État qui génère la duplicité. Les mêmes interlocuteurs rappellent que la Cour suprême est sur le point de se prononcer sur le recours déposé par le Conseil pour duplicité et invasion de pouvoir et, affirment-ils, qu'elle le fera contre le gouvernement central. « C'est le ministère qui a créé la duplicité », insistent-ils.

A côté de ce règlement, il y en a un autre sur lequel les techniciens de la Commission mettent l'accent : le règlement sur les services numériques (DSA, pour son acronyme en anglais). C'est la même chose avec laquelle l'UE impose des obligations renforcées aux grandes plateformes numériques telles que X, Facebook, TikTok ou Booking. Ce dernier est le seul lié exclusivement au secteur touristique à être inclus dans cette catégorie, ce qui l'oblige à assumer des exigences de diligence raisonnable plus exigeantes que les autres. Cependant, le règlement précise clairement que « les États membres ne devraient pas adopter ou maintenir des exigences nationales supplémentaires » pour ces plateformes.

Un élément juridique important à prendre en compte est que les règles de l’UE régissant les services numériques et certains aspects de la location touristique sont des règlements et non des directives. Il s'agit d'une différence importante, puisqu'une directive établit des éléments minimaux d'homogénéité entre les États membres, mais un pays peut aller plus loin dans sa transposition. Un règlement, en revanche, est le même pour tous les Etats et, de plus, ne nécessite pas de transposition et devient « directement applicable », rappellent-ils à Bruxelles.

«La Commission considère qu'il existe un risque que certaines dispositions du projet notifié [en referencia al proyecto de ley del Gobierno andaluz] « sont interprétés d'une manière qui duplique ou complète les obligations des services intermédiaires établis », indique le document envoyé à l'Espagne par l'exécutif européen.

Dans ce même document, sont affichés les points dans lesquels on observe le risque que la loi andalouse augmente les obligations des plateformes. L’une d’entre elles est l’obligation pour les plateformes de fournir des informations sur les propriétaires des appartements touristiques qu’elles hébergent. Il existe également l'obligation de supprimer les hébergements qui n'ont pas fourni les informations obligatoires au registre andalou.

Un autre point auquel ils s'arrêtent est la duplicité du registre. Les techniciens de la Commission affirment qu'en Espagne il existe déjà une autorité chargée de faire respecter le DSA, la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC), lorsqu'elle n'a pas de portée européenne et, évidemment, non seulement sur l'hébergement touristique de courte durée mais sur tout contenu numérique (produits, locations, vidéos, images ou messages, entre autres). En revanche, selon la loi andalouse, il appartiendrait au Conseil d'imposer des sanctions, ce qui entrerait également en conflit avec le DSA. Ainsi, les autorités espagnoles sont « invitées à garantir » que le projet de loi en cours d'examen par le parlement régional est compatible avec la réglementation européenne.

Concernant la réglementation européenne sur les locations de courte durée, la Commission souligne qu'en décembre 2024 un décret royal a été promulgué en Espagne « dont l'objectif semble être » de s'adapter aux normes européennes et dans lequel « un enregistrement obligatoire des établissements touristiques est prévu au niveau national ». Cela exclurait en principe la création d’un autre, puisque le droit européen « prévoit expressément qu’un hébergement touristique n’est soumis qu’à un seul enregistrement ». Le registre unique des locations de courte durée, qui exige l'obtention d'un numéro de référence aussi bien pour les appartements touristiques que pour ceux loués de façon saisonnière s'ils sont annoncés sur des plateformes numériques, est entré en vigueur le 2 janvier 2025. L'Espagne a ainsi été le premier pays européen à mettre en œuvre cette réglementation communautaire (il y avait de la place jusqu'au milieu de cette année), dans le but, selon le ministère du Logement, d'accroître le contrôle sur les maisons louées à des fins autres que le logement et de lutter contre la crise des prix de l'immobilier.