Contrôle de l'immigration dans les écoles et les bureaux

L'avancée législative du projet de loi visant à améliorer la procédure administrative d'expulsion est préoccupante, surtout si l'on considère des aspects qui ont peu à voir avec la procédure d'expulsion et son amélioration, comme l'obligation de signaler le statut d'immigration irrégulier des personnes qui fréquentent les institutions de santé, d'éducation et de sécurité sociale.

Le projet, dans son objectif légitime de faciliter l'exécution des expulsions administratives, affecte l'ensemble du processus contentieux créé par la loi 21.325 il y a seulement cinq ans, sans garantir une meilleure performance de l'État dans le nombre d'expulsions réalisées. Ce faisant, cela viole les garanties minimales d’une procédure régulière, qui rendent la sanction de l’État valide.

Par exemple, le projet cherche à intégrer « l’ordre public » comme motif d’expulsion administrative, sans définition juridique précise. L'expansion des pouvoirs discrétionnaires, sans critères objectifs clairs, met à rude épreuve le principe de légalité et le devoir de motiver les actes administratifs. De même, la possibilité de procéder à des expulsions est envisagée lorsque des procédures pénales sont en cours, ce qui viole ouvertement la présomption d'innocence, reconnue tant dans la Constitution que dans les traités internationaux signés par le Chili et en vigueur.

Dans son indication, l'Exécutif inclut quelque chose d'inédit et de problématique : l'obligation pour les organismes de santé, d'éducation et de sécurité sociale de communiquer les données sur les migrants en situation irrégulière à l'autorité de l'immigration constitue une violation des droits fondamentaux des migrants et des réfugiés.

Selon ce qui a été rapporté, cette obligation affecterait les hôpitaux, les cliniques, les jardins d'enfants, les écoles et les organismes de retraite. Cette mesure transforme l’accès aux droits fondamentaux – santé et éducation – en mécanismes de contrôle de l’immigration, ce qui générera, comme on pouvait s’y attendre, un effet inhibiteur et pervers : les migrants éviteront de recourir à ces services de peur d’être dénoncés et finalement expulsés. Cela affecte ces personnes dans l'exercice des garanties constitutionnelles minimales, et génère également des conséquences très graves sur la santé publique en général (par exemple, dans le contrôle des maladies), le droit à l'éducation des enfants et des adolescents, la sécurité sociale et les droits du travail, et la sécurité de toutes les personnes qui habitent ce pays. Tout cela dans des circonstances où il existe d’autres mécanismes pour obtenir des informations fiables permettant de déterminer où se trouvent les personnes en situation d’immigration irrégulière.

Le projet vise-t-il à empêcher les enfants d'aller à la maternelle, d'étudier dans les collèges et les écoles ? Ou voulez-vous qu’ils n’assistent pas aux examens de santé des « enfants en bonne santé » dans les cliniques ? Ou peut-être voulons-nous éviter l’accès aux vaccins et le paiement des cotisations de retraite ?

Si l'exécutif estime qu'avec cette mesure il peut améliorer le registre et les informations dont il dispose sur les migrants irréguliers, il se trompe. En outre, la loi elle-même exige que l’interprétation de toutes ses dispositions soit conforme aux obligations en matière de droits de l’homme et dans un sens favorable à la personne. Cette indication s'attaque directement à ce principe informatif de la loi, et est très proche de l'interdiction constitutionnelle d'appliquer la perte des droits à pension comme sanction. En pratique, l'indication condamne les migrants irréguliers et leurs enfants à renoncer à leurs droits fondamentaux de peur de faire l'objet d'une sanction en matière d'immigration.

Le contrôle de l’immigration ne peut pas se faire au prix d’un affaiblissement des garanties fondamentales ou d’une érosion de nos institutions, ce qui est encore plus grave lorsque ce contrôle n’atteint pas les objectifs déclarés, car la vérité est qu’il est impossible d’expulser toutes les personnes en situation d’immigration irrégulière.