Le roi du Maroc se réserve le droit d'investir le président du Sahara dans le plan d'autonomie

Le Maroc reconnaît s'être inspiré du modèle espagnol des communautés autonomes dans la proposition de statut d'autonomie qu'il a présentée le week-end dernier à Madrid au Front Polisario, mais conserve un contrôle étendu sur le pouvoir politique et les symboles de souveraineté. Il inclut même l'équivalent de l'article 155 de la Constitution espagnole, dans une clause de sauvegarde qui permet de suspendre les pouvoirs autonomes. Le texte, tel qu'il a été divulgué dans ses grandes lignes ce jeudi aux médias marocains, établit un gouvernement et un parlement autonomes, voire une force de police autonome, bien qu'avec des caractéristiques uniques. Le statut du Sahara doit être approuvé par référendum, mais le Maroc comprend qu'il doit être voté par tous les Marocains, et pas seulement par les habitants du territoire sahraoui, ce qui ferme la voie à son interprétation comme une consultation d'autodétermination.

Dans le statut proposé, le roi du Maroc se réserve le droit d'investitre le président de l'exécutif sahraoui sur la base de la légitimité parlementaire régionale. A la chambre législative se trouvent à la fois des députés élus au suffrage populaire et des députés désignés pour représenter les tribus traditionnelles sahraouies, selon les informations publiées par le journal numérique.

Les agents régionaux limiteront leurs fonctions aux missions locales de police administrative et judiciaire, sous la coordination des forces de sécurité de l'Etat. Le royaume chérifien, jaloux gardien de son unité identitaire, interdit également le flottement de son propre drapeau dans le Sahara autonome – seul le drapeau national rouge-vert est autorisé – et l'ouverture de délégations ou de représentations à l'étranger.

Le pouvoir central de Rabat se réserve des compétences en matière de défense, de relations extérieures, de nationalité ou d'émission de monnaie, comme dans tout système d'inspiration fédérale, et offre au Sahara une gestion autonome de la santé, de l'éducation, de l'urbanisme, de l'économie régionale (pêche, tourisme…) et de la culture, entre autres pouvoirs. Il prévoit également son propre système fiscal et judiciaire (sur les questions régionales). Mais le projet de Statut attribue à l'État toute autre matière non détaillée dans les articles, dans une interprétation inverse du principe de subsidiarité habituelle qui, en cas de vide juridique, attribue la propriété à l'Administration la plus proche du citoyen.

Les 40 pages de la proposition pour le Sahara de Rabat ont été présentées à Madrid dans le cadre d'une initiative de dialogue direct parrainée par les États-Unis sur la base de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l'ONU, approuvée le 31 octobre sans vote contre, qui proposait la « véritable autonomie » comme l'objectif « le plus réalisable » pour une solution politique au différend sur l'ancienne colonie espagnole. Masad Boulos, envoyé pour les affaires africaines et du monde arabe du président Donald Trump, et le représentant de son pays à l'ONU, Mike Waltz, ont coordonné en présence de Staffan de Mistura, envoyé des Nations Unies pour le Sahara occidental, la rencontre entre les chefs de la diplomatie du Maroc, du Front Polisario, de l'Algérie et de la Mauritanie, dans une rencontre sans précédent depuis 2019.

D’après ce que l’on sait jusqu’à présent, l’État exige également du nouveau pouvoir autonome une loyauté constitutionnelle et l’obligation de respecter l’unité nationale. Toute interprétation ouvrant la voie au droit de sécession du Sahara occidental est expressément exclue, et le chef du gouvernement régional devient également le représentant de l'Etat sur le territoire autonome.

Dès le départ, le Front Polisario continue de rejeter que les négociations se concentrent exclusivement sur le plan marocain d'autonomie et exige que le Sahara puisse parvenir à l'autodétermination à travers un référendum incluant l'option de l'indépendance. Mais il s'oppose aussi frontalement à ce que l'investiture du président régional soit laissée entre les mains du souverain marocain à travers un système institutionnel encadré.

Ressources naturelles

Des controverses ont également été constatées entre les parties concernant les investissements étrangers dans la région. L'exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental – comme la pêche, les mines ou les énergies renouvelables – représentera la principale source de revenus du Trésor autonome. C'est pour cette raison que le texte statutaire de Rabat impose un double contrôle – étatique et régional – pour donner le feu vert à la présence d'entreprises venues d'autres pays. Dans une sorte de situation, le Sahara autonome contribuera une partie de ses recettes fiscales au soutien des dépenses de l'État, même s'il aura également accès à un fonds de solidarité interterritoriale du Maroc.

Le texte juridique marocain crée également une commission chargée d'organiser le retour volontaire des milliers de réfugiés sahraouis depuis plus de 50 ans à Tindouf (sud-ouest de l'Algérie), ainsi que de vérifier leur identité. Les combattants du Polisario seront amnistiés après un processus de désarmement et de démobilisation qui exclut les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Le projet de statut d'autonomie n'est pas encore un document clos. Les États-Unis ont convoqué à nouveau les parties qui s'étaient récemment réunies à Madrid en mai prochain, à Washington, avec l'intention de sceller un accord-cadre qui ouvrirait la voie à des négociations directes. Ils doivent d'abord se mettre d'accord sur les fonctions du comité technique dit permanent (experts juridiques et experts des parties), qui doit évaluer le plan d'autonomie du Maroc, sous la supervision du géant nord-américain et de l'ONU.

Le Conseil de sécurité pourra revoir précisément en avril les fonctions de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso). Rabat prône son démantèlement après avoir apparemment perdu sa mission initiale et être effectivement devenu observateur sur le terrain en raison de la reprise des hostilités entre les parties en 2020, après près de trois décennies de cessez-le-feu.