Le gouvernement liera le bonus social pour l'électricité au revenu et laissera de côté les familles nombreuses aux revenus élevés

Ce mardi, le Conseil des ministres a approuvé la nouvelle Stratégie nationale de lutte contre la précarité énergétique (ENPE) 2026-2030, qui comprend une mesure que de nombreuses associations réclament depuis des années : que le bonus que reçoivent les différents groupes sur leur facture d'électricité soit lié pour tous au revenu familial. Cela touche les seuls bénéficiaires qui bénéficient encore aujourd'hui de réductions sur la facture sans que ce critère leur soit appliqué : les familles nombreuses, c'est-à-dire celles avec trois enfants ou plus, quels que soient leurs revenus. Le bonus est supporté par les consommateurs avec un supplément sur la facture qui s'élève à 4,65 euros par an et un coût global de 419 millions d'euros.

Étant donné que la Stratégie de lutte contre la précarité énergétique n'a pas de caractère réglementaire, le ministère de la Transition écologique va lancer en audience publique la nouvelle mesure visant à modifier l'arrêté royal qui réglemente le bonus social. Comme l’a déclaré à l’issue du Conseil des ministres la troisième vice-présidente et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, « le revenu doit être un principe directeur pour les consommateurs, il est équitable ». Ainsi, pour déterminer les critères, la participation de toutes les associations sera prise en compte. Le bonus social thermique sera également modifié.

L'objectif de cette stratégie, en développement depuis des mois, est d'identifier les consommateurs véritablement vulnérables, qui, dans de nombreux cas, ne bénéficient pas de la réduction. Selon les données publiées par ce journal, 30% des ménages vulnérables, soit près d'un million, sont en dehors des indices de précarité énergétique et, à l'inverse, 4,8 millions de ceux qui n'y sont pas sont comptés comme vulnérables. Corriger ces indicateurs, à partir des enquêtes de l'Institut National de la Statistique, est l'objectif du Gouvernement.

Pour le secrétaire d’État à l’Énergie, Joan Groizard, l’essentiel est que « celui qui a besoin d’un soutien comme le bonus social y ait accès ». Cela implique de redéfinir ce qu'on entend par vulnérable aux fins du bonus social et d'appliquer « de manière générale » des critères de revenus pour « pouvoir mieux concentrer les efforts » de cette aide. Pour les modifications, on comptera sur l'avis de diverses associations et de la Social Energy Poverty Roundtable, qui s'est réunie ce matin.

L'ENPE a vu le jour après la crise énergétique de 2021 avec des représentants d'entités sociales, des secteurs universitaires et économiques. Le document approuvé ce mardi comprend 13 mesures avec un objectif commun : « L’accès universel, sûr, abordable et durable à l’énergie, comme droit fondamental et condition nécessaire à une vie digne », indique la Transition écologique dans un communiqué.

Parmi les autres mesures proposées figure la création de l’Observatoire de la précarité énergétique, « pour centraliser et maintenir les informations et connaissances sur le sujet, en favorisant les échanges techniques entre experts dans ce domaine et en facilitant la prise de décision sur les politiques publiques ». D'autres mesures visent à protéger le consommateur, comme garantir l'approvisionnement des personnes vulnérables et électrodépendantes, ainsi qu'améliorer le taux de couverture du bonus social, qui a augmenté de 60% depuis 2018, passant de 1,07 million de foyers à 1,72 million actuellement, selon les données du ministère.

D'autre part, certaines mesures, comme la suppression de pratiques commerciales telles que le contrat téléphonique ou la publicité non sollicitée, la refacturation incorrecte ou les pénalités de permanence, étaient déjà incluses dans le récent décret royal 88/2026, par lequel le règlement général d'approvisionnement et de commercialisation a été transposé, entre autres, pour protéger les consommateurs en général et qui a également été approuvé la semaine dernière par le Conseil des ministres.

Le bonus, un raz-de-marée

Dans le cas du bonus social, la nouvelle stratégie vise à « combler l’écart de couverture, à le lier au revenu des ménages et à garantir que ceux qui en ont réellement besoin en bénéficient », explique Transition. Le département dirigé par Sara Aagesen estime qu'« avec les exigences actuelles, tous les ménages ayant droit ou ayant besoin du bonus n'y ont pas accès et, en même temps, les ménages qui n'en ont pas besoin y ont accès ».

Le bonus électricité, c'est une masse d'hypothèses et de regroupements, tous barrés de plafonds de consommation. Actuellement, trois types de consommateurs y ont droit : les personnes vulnérables, les personnes gravement vulnérables et celles qui risquent d'être exclues socialement, auxquelles des réductions sont appliquées en fonction du revenu et de certaines conditions : les personnes handicapées, les retraités bénéficiant d'une pension minimum, les bénéficiaires du minimum vital, les victimes du terrorisme ou de genre et, jusqu'à présent, les familles nombreuses.

Pour avoir droit aux réductions, la première condition est que le consommateur ait souscrit au tarif réglementé, ou Prix Volontaire du Petit Consommateur (PVPC), auquel peuvent opter ceux qui disposent d'une puissance souscrite inférieure à 10 kW, et cela s'applique à la résidence habituelle. Les réductions sont comprises entre 42,5% pour les personnes considérées comme vulnérables (qui sont déterminées selon un multiplicateur de l'IPREM ou Multiple Effects Public Income Indicator) et 57,5% pour les personnes gravement vulnérables. Pour ceux qui vivent dans l’extrême pauvreté ou l’exclusion sociale, la réduction est de 100 %. Passé certains plafonds de consommation, la réduction n'est plus appliquée sur la facture.

Pendant des années, ce sont les compagnies d'électricité qui ont payé le bonus social, mais après plusieurs décisions de justice en leur faveur, ce qu'elles avaient payé leur a été restitué, ainsi qu'actuellement à tous les utilisateurs d'électricité.

Précarité énergétique

La première Stratégie nationale contre la précarité énergétique a été approuvée en 2019, avec un horizon fixé à 2024. Telle que définie alors par le gouvernement, la précarité énergétique est la situation dans laquelle se trouve un ménage dans lequel les besoins fondamentaux en approvisionnement énergétique ne peuvent être satisfaits, en raison d'un niveau de revenu insuffisant et qui, le cas échéant, peut être aggravée par un logement inefficace.

Il existe quatre indicateurs pour déterminer la précarité énergétique : des dépenses disproportionnées par rapport au revenu des ménages (lorsqu'il est le double de la moyenne nationale) ; la précarité énergétique cachée, lorsque les dépenses énergétiques sont inférieures à la moitié de la moyenne nationale ; l'incapacité de maintenir la maison à une température adéquate ou le retard dans le paiement des factures. Dans le premier cas, il y avait à cette époque 8,1 millions de personnes ; dans le second, 5,1 millions ; sans bénéficier de la température adéquate, 3,7 millions et avec des difficultés à payer la facture, 3,5 millions. Cependant, comme on a pu le constater au fil du temps, les indicateurs ne reflètent pas fidèlement la réalité.