La Colombie est le pays avec le plus d'attaques contre les écoles de toute l'Amérique

En Colombie, les enfants ne sont pas en sécurité à l'école. Depuis 2017, il y a eu en moyenne une attaque contre un environnement scolaire tous les quatre jours. Le chiffre, recueilli par la justice transitionnelle et le plus élevé de toute l'Amérique latine, met en garde contre la façon dont les enfants et les adolescents sont contraints de s'éduquer au milieu de menaces, de fusillades et d'un risque latent de recrutement. Tout cela se produit dans une municipalité sur quatre d’un pays qui a signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles en 2022, un engagement politique mondial visant à protéger les enfants et leur environnement scolaire contre les conflits armés.

La récente mort d'au moins sept mineurs dans un attentat contre des membres des dissidents des FARC à Guaviare a mis une fois de plus en lumière la vulnérabilité des mineurs en Colombie, ce qui, en particulier dans les zones rurales, démontre l'incapacité de l'État à garantir leur droit à l'éducation en protégeant leurs espaces éducatifs. Une vidéo réalisée par le Conseil norvégien pour les réfugiés (CNR), dans laquelle plusieurs enfants en uniforme scolaire sont assis en rangée, tandis que leur respiration difficile se confond avec le bruit des rafales en arrière-plan, démontre que le recrutement forcé n'est qu'un aspect de la situation et que, comme l'a identifié l'étude, il s'agit d'une pratique étroitement liée à la violence dans les environnements éducatifs.

Ce que l'on voit dans les images, qui s'est produit dans le nord-est du pays, se répète dans toute la Colombie et constitue l'un des plus de 50 incidents violents enregistrés par le CRN cette année, lorsque l'organisation humanitaire enregistre une augmentation de 65 % du nombre de victimes par rapport à la même période de 2024. Ce chiffre place la Colombie à la quatrième place du classement mondial et à la première dans l'hémisphère occidental, avec 363 attaques entre 2022 et 2023. (1 055), Ukraine (745) et République démocratique du Congo (448). Une commune sur quatre du pays a subi un incident de ce type.

Les attaques contre l’éducation vont cependant au-delà de la violence armée explicite ; Les ONG ont identifié que les structures criminelles cherchent également à utiliser les salles de classe et les classes pour influencer la population. « Plusieurs groupes armés non étatiques assument des fonctions de fourniture de biens publics, notamment dans le domaine éducatif (…) Ces pratiques ne se limitent pas aux infrastructures : elles incluent également l'imposition de contenus pédagogiques et de lignes directrices curriculaires à des fins d'endoctrinement », explique un rapport du Mécanisme de surveillance des risques de la Juridiction spéciale pour la paix, le tribunal créé par l'État et les FARC en 2016 pour clore les cas les plus graves des crimes les plus graves. représentants du conflit armé.

Selon les données recueillies par les chercheurs, les enseignants sont devenus la cible des criminels car, dans de nombreuses régions, ils assument le leadership social local. Cette pertinence semble inconfortable pour les structures criminelles qui recherchent le contrôle social. Selon le document, la Colombie est le deuxième pays qui rapporte le plus de crimes contre les enseignants, avec 388 attaques depuis la signature de l'Accord de paix il y a huit ans. Les principales formes d'agression sont les menaces de mort et les homicides sélectifs, qui font de l'enseignement une profession à risque.

Des efforts insuffisants

Sur le papier, l'État colombien a adopté plusieurs mesures pour éviter ces violences. La mise en œuvre de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, dirigée par le ministère des Affaires étrangères, a progressé lentement, entre autres, en raison des changements constants de responsables, selon une source de l'institution. EL PAÍS a demandé au ministère des Affaires étrangères ce qu'il avait fait pour mettre en œuvre cet engagement international, mais n'a obtenu aucune réponse officielle.

Cependant, jusqu’à présent, la déclaration semble rester symbolique et les progrès existants sont loin d’être suffisants, selon les organisations d’experts. « Il y a au moins 1.500 institutions à haut risque. Petit à petit, nous avons réussi à nous concentrer sur celles de 12 municipalités, mais c'est insuffisant compte tenu de la croissance des groupes armés illégaux et des attaques », détaille Felipe Cortés, directeur du plaidoyer de l'ONG Save The Children. Cette ONG a demandé au gouvernement de mettre en place une méthodologie nationale de surveillance et d'allouer des ressources pour prévenir et répondre aux attaques. En parallèle, ils soulignent la nécessité d’envisager d’autres angles : la réparation et la reconstruction. De même, Cortés souligne qu'il est nécessaire de briser l'impunité. « Avec d'autres acteurs, nous participons à une initiative législative visant à créer une infraction pénale liée aux attaques contre les écoles, ce qui permettra une enquête beaucoup plus précise et détaillée », affirme-t-il.