En Amérique latine et dans les Caraïbes, nous avons appris que la diversité peut devenir une force lorsque nous décidons de travailler ensemble. Dans une région marquée par de profondes inégalités, la coopération éducative a été un outil concret pour faire progresser l’essentiel sans perdre son identité.
Ce fut le cas des grandes campagnes d’alphabétisation et des premiers projets régionaux qui inspireront plus tard des objectifs mondiaux tels que l’ODD 4. Ce travail partagé n’a pas seulement produit des accords : il a consolidé les bases pour promouvoir une éducation de qualité pour tous.
L'une de ses plus grandes contributions au monde a été de soutenir des espaces de dialogue entre ministres, équipes techniques et spécialistes dans divers domaines du domaine éducatif. Là, les expériences sont partagées, le consensus se construit et les priorités sont alignées. Lorsque cet échange est constant, il se traduit par de véritables politiques publiques pérennes dans le temps.
Le contexte actuel renforce ce besoin. Les tensions géopolitiques, la réduction des financements et la fragmentation du scénario mondial signifient que la coopération régionale n’est plus une option. Lorsque la région mène ses propres accords, elle renforce son autonomie et réduit sa dépendance à l’égard de facteurs externes.
Ces engagements ont eu des effets concrets : des réformes curriculaires réussies, le renforcement de la formation des enseignants et des politiques d’équité qui ont un impact sur des millions d’élèves. Des instruments ont également été créés pour guider l'action, comme la feuille de route convenue dans le cadre du Comité directeur de l'ODD 4, la Stratégie régionale d'enseignement, le réseau RIINEE pour l'éducation inclusive et la Feuille de route de Santiago pour le sport et l'éducation inclusifs. Plus que des déclarations, ce sont des cadres qui ordonnent les priorités et accompagnent les changements dans les systèmes éducatifs.
Un exemple emblématique est le Laboratoire latino-américain d’évaluation de la qualité de l’éducation (LLECE), qui analyse depuis plus de 30 ans l’apprentissage des élèves de la région. Son évaluation ERCE, unique au monde et conçue pour la région, fournit des résultats contextualisés et des preuves pertinentes pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Grâce à cet effort commun, nous disposons aujourd’hui de nos propres données probantes pour identifier les lacunes et orienter les décisions.
Les réalisations montrent qu’une coopération durable génère de réels progrès. Il y a cinquante ans, un adulte sur cinq dans la région ne savait pas lire. Aujourd'hui, 95 % de la population est alphabétisée. Ces progrès ne sont pas le fruit du hasard : ils répondent à des politiques cohérentes et à un engagement régional partagé. Toutefois, des écarts importants subsistent, notamment en lecture et en mathématiques.
Le droit à l’éducation doit atteindre ceux qui ont été historiquement laissés pour compte
L'éducation est également une décision stratégique de développement. Chaque année de scolarité supplémentaire augmente le revenu individuel de 9 à 10 % et contribue à la croissance économique. En plus d’améliorer les trajectoires personnelles, cela renforce la cohésion sociale et élargit les opportunités.
Pour que ce potentiel se réalise, le droit à l’éducation doit atteindre ceux qui ont été historiquement laissés pour compte : les communautés rurales, les peuples autochtones, les populations d’ascendance africaine et les personnes handicapées. Le partage des apprentissages entre pays accélère ce processus et permet d’adapter des solutions qui ont déjà fait leurs preuves dans des contextes similaires.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des défis qui transcendent les frontières : fractures numériques, crise climatique, violence scolaire et progrès accélérés de l’intelligence artificielle. L’IA fait déjà partie des systèmes éducatifs de la région. Son développement présente des opportunités importantes, mais aussi des risques liés à l'équité et à l'éthique. Les résoudre nécessite une coordination et des preuves partagées.
Dans cette optique, on promeut l'Observatoire de l'IA dans l'éducation pour l'Amérique latine et les Caraïbes, une initiative visant à renforcer les capacités, à échanger des expériences et à orienter des politiques responsables en la matière.
La coopération éducative est, en fin de compte, une décision pour l’avenir. Un avenir dans lequel les pays ne rivalisent pas pour des solutions isolées, mais partagent plutôt les enseignements tirés, les preuves et les capacités avec une pertinence régionale et une perspective à long terme. Sur un territoire aussi diversifié, coopérer, ce n’est pas penser de la même manière : c’est avancer ensemble.