Dans la dernière ligne droite des négociations budgétaires entre le Gouvernement, l'ERC et la Comuns, l'Ustec a envoyé à tous les députés du Parlement une lettre ouverte dans laquelle il demande de ne pas approuver les comptes s'ils n'incorporent pas ses demandes concernant l'amélioration des salaires, le renforcement du personnel, la réduction des ratios, la réduction de la bureaucratie et un véritable plan de choc pour l'éducation inclusive. La lettre, adressée à tous les groupes, souligne que les enseignants vivent dans une situation extrême et que les budgets doivent refléter un réel engagement envers les écoles publiques.
Le geste d'Ustec intervient après des mois de tensions. Fin mars, le gouvernement a signé un accord avec CC OO et UGT qui prévoyait des avancées salariales et organisationnelles. Cependant, l'Ustec a jugé les mesures insuffisantes et a décidé de ne pas le signer, maintenant ainsi les mobilisations. Les grèves et les concentrations ont eu un large écho parmi les enseignants et le personnel des centres et ont trouvé une certaine compréhension dans l'opinion publique. Le syndicat majoritaire soutient que l'accord signé ne répond pas à l'ampleur des troubles accumulés ni aux besoins réels des centres.
Ce mal-être a des racines profondes. D'une part, les conditions salariales et le manque de ressources humaines ont généré un sentiment de stagnation. D’un autre côté, la fonction d’enseignement a considérablement évolué au cours des dernières décennies : la diversité croissante des étudiants, l’impact des technologies et la complexité sociale ont élargi les tâches et les compétences requises des enseignants. À cela s’ajoute une bureaucratisation croissante qui consomme du temps et de l’énergie, rendant difficile l’accompagnement pédagogique et l’attention personnalisée. Il en résulte un sentiment généralisé de surcharge qui s’exprime à toutes les étapes éducatives.
Cependant, dans le débat public et dans la lutte entre l'Ustec et le gouvernement, un élément structurel est resté au second plan : le modèle du concert éducatif et aussi sa mise en œuvre. Diverses études, dont une récente de la Fondation Bofill, indiquent que la répartition des étudiants vulnérables reste très inégalitaire entre les réseaux publics et subventionnés. Malgré des mesures telles que le financement spécifique pour les étudiants vulnérables – plus élevé dans les étudiants subventionnés que dans les étudiants publics – la ségrégation a été peu réduite et dans plus d'un cas, il y a eu des « tricheries » dans les frais qui ont conduit à des transferts vers des centres publics. Selon les données disponibles, 31 % des centres subventionnés accueillent moins d'élèves vulnérables qu'il ne serait approprié, et 21 % peuvent être considérés comme directement élitistes, avec une présence minimale d'élèves ayant des besoins éducatifs spécifiques. Par ailleurs, 34 % du budget des concerts va à des centres qui contribuent à perpétuer cette inégalité.
Ce déséquilibre a des effets directs sur la charge de travail du personnel enseignant public, intensifiant la pression sur les équipes enseignantes et sur les ressources disponibles. Dans ce contexte, il est surprenant que le débat syndical n’ait pas intégré de manière centrale cette question structurelle. La discussion sur les salaires, les ratios ou la bureaucratie est essentielle, mais incomplète si l’impact du modèle de concert et de sa mise en œuvre sur l’équité du système et sur les conditions de travail des enseignants n’est pas également abordé.
L’inclusion de cet élément dans la négociation permettrait non seulement de mieux comprendre l’origine des troubles des enseignants, mais ouvrirait également un débat approfondi sur le modèle éducatif catalan et sur la manière de garantir un système plus juste, plus cohérent et plus durable pour la société dans son ensemble.