Les universités privées et la lutte contre la pensée libérale

Le 11 mars, la Heritage Foundation, l'un des principaux centres américains de diffusion et de soutien des théories et pratiques ultra-conservatrices, organisera un débat sur l'immigration avec trois invités américains, un sénateur et deux spécialistes de la sécurité des frontières, destiné notamment à l'Espagne. Ce n'est qu'une des activités organisées par la fondation, notamment en Amérique latine et en Europe. Il y a quelques jours, par exemple, le Réseau Politique pour les Valeurs (PNfV) a tenu une réunion à Bruxelles en présence, entre autres, du président élu du Chili. Son objectif est d’élargir l’agenda d’extrême droite du mouvement (MAGA) et pour ce faire, il dispose d’un fort soutien financier et d’une volonté d’action déterminée et publique.

Le PNfV se définit comme « une plateforme mondiale de représentants politiques et de dirigeants du monde entier qui promeuvent et défendent activement les valeurs de famille, de vie et de liberté ». Dans la pratique, le réseau déploie avant tout une politique de peur du féminisme, qu'il estime essentielle pour avancer une attaque plus large contre les principes fondamentaux des démocraties libérales à travers le monde, explique le site Internet.

Alvino-Mario Fantini, directeur du magazine, une publication hongroise ayant des bureaux à Bruxelles, Vienne et Rome et étroitement liée à la Fondation du patrimoine, a pris la parole lors de la réunion de Bruxelles. Fantini a clairement expliqué ce que son travail impliquait : défier les élites progressistes et construire des institutions parallèles. Écoles. Oui, les universités privées. « Nous avons besoin d’universités alternatives. » Fantini a appelé à « faire le travail nécessaire pour sauver la culture de l’Occident judéo-chrétien ». Et par « travail nécessaire », il entendait l’activité incessante en Amérique et en Europe pour désavouer la pensée libérale. La Fondation du patrimoine et le PNfV ne se soucient pas des petits groupes d’extrême gauche. Leur objectif est de mettre fin à l’État libéral, ce qu’ils croient être à leur portée s’ils fixent trois ou quatre objectifs immédiats. Ils estiment que les groupes libéraux sont incapables de défendre leur idéologie, paralysés par la virulence des attaques qui leur sont adressées. C’est pourquoi, pensent-ils, nous devons saisir l’occasion et agir avec toutes les armes à notre disposition. Par exemple, ils sont déterminés à appliquer (les mécanismes d’enregistrement numérique utilisés pour les crypto-monnaies) pour créer des systèmes de stockage anonymes, des transactions privées et partager des informations. « Nous avons besoin de mécanismes de vote basés sur le , qui peuvent également être utilisés pour mener une mobilisation politique sans être surveillés », a expliqué Fantini.

L'apparition soudaine en Espagne de nombreuses universités privées est directement liée aux efforts de la Fondation Heritage dans le monde et notamment dans certains pays européens comme l'Espagne pour attirer les jeunes vers des circuits fermés de connaissance, dans lesquels la pensée libérale se bat, comme dans une véritable guerre. Les universités privées auxquelles elles apportent une aide peuvent être liées à d'autres centres, comme les barreaux, ou à des organismes antilibéraux, et elles essaient d'offrir des opportunités professionnelles rapides à leurs étudiants. Il est courant que ces universités aient des accords avec des entreprises pour faciliter les stages. Par exemple, des entreprises telles que Deloitte, Atresmedia, Repsol ou Cuatrecasas participent généralement à ce type d'accords.

En octobre 2025, l'Espagne comptait 50 universités publiques et 46 privées, mais le nombre d'universités privées pourrait augmenter, notamment dans les communautés autonomes comme Madrid, où elles bénéficient de l'avis favorable des autorités. Certaines de ces universités privées, tant en Espagne que dans d’autres pays européens, sont liées aux ultra-conservateurs. En France, par exemple, une nouvelle organisation est apparue, appelée Western Arc, similaire à l'Union britannique pour la liberté d'expression, et toutes deux recommandées par la Heritage Foundation pour le soutien du Département d'État américain. Western Arc ne cache pas ses objectifs immédiats : « Nous ne sommes pas un simple. Nous sommes une institution transatlantique dédiée à la renaissance civilisationnelle, culturelle et spirituelle de l’Occident : une identité profondément enracinée, la transmission du sacré et de la beauté, et la véritable souveraineté des individus, des familles et des nations. Inspirée par la profondeur européenne (de Dante à Scruton) et l’efficacité stratégique américaine (Heritage, Claremont), la mission de Western Arc est de ressusciter l’âme de l’Occident face au déracinement technocratique et mondialiste. » Il est présidé par Nicolas Conquer, porte-parole du Parti républicain en France.