Les bébés nourris au biberon sont comme des petits pains ultra-transformés. Les hôpitaux sont des lieux hostiles pour accoucher. La mère qui décide de ne pas allaiter son enfant commet un acte suprême d’égoïsme. L’accouchement doit être un acte agréable, ce qui se rapproche le plus des relations sexuelles. Ne vous inquiétez pas, ils n’ont pas fait le mauvais choix de colonne ou de stylo. Je n’ai pas été possédée par un fondamentaliste de l’allaitement maternel et de l’accouchement à domicile, je n’ai pas non plus fait de rêve et je n’invente rien. Toutes ces phrases et d'autres tout aussi stupéfiantes ont été prononcées depuis la tribune d'un professeur d'un master en santé dispensé par une université publique d'Espagne, Union européenne, 2025, devant l'incrédulité silencieuse du public. C’est là, outre le fait intolérable en soi, ce qui est inhabituel. Que mesdames et messieurs les diplômés ne devraient pas se lever pour réfuter ou protester parce que quelqu'un leur a imposé leurs croyances et opinions personnelles dans un environnement universitaire comme s'il s'agissait de preuves scientifiques.
Il peut y avoir plusieurs raisons à ce silence, mais l'une d'entre elles pourrait bien être parce que les mantras de cette tendance qui considère la parentalité comme une nouvelle religion, avec ses propres commandements, ses péchés et ses hérétiques condamnés au bûcher, se sont suffisamment répandus pour que personne ne soit surpris par les homélies de ses officiants. Hérétiques, au féminin, oui. Parce que derrière toute cette néo-inquisition du nouveau se cache toujours la même chose : blâmer et culpabiliser les femmes pour avoir exercé consciencieusement leur liberté reproductive. À celles qui décident d’être mères et à celles qui décident de ne pas l’être. Car ceux-ci sont aussi lapidés pour avoir été égoïstes, en privant la société de nouveaux contributeurs et eux-mêmes du vrai sens de leur vie.
Hier, un bruxiste se perdait en ruminant silencieusement de telles dissertations lorsqu'est arrivé dans le journal un livre tout juste sorti du four : dans lequel Clémence Biel, experte en « blessures maternelles », consacre 200 pages à imputer la responsabilité exclusive du mal-être émotionnel de filles comme elle aux mères qui leur ont donné naissance et ont failli avaler une dent. Pas une ligne, que dis-je : pas un seul mot dédié aux parents dans tout l'essai. Et ainsi, pendant qu'on continue à s'écorcher, les messieurs continuent de s'en tirer en prenant soin de leur progéniture, comme au Moyen Âge. Quel ennui.