Ce jeudi 16 avril entre en vigueur l'Arrêté Royal sur les cantines scolaires, une règle qui, pour la première fois, établit des critères minimaux obligatoires pour tous les centres éducatifs du pays – publics, subventionnés et privés – qui enseignent depuis le deuxième cycle de la maternelle jusqu'à la formation professionnelle de niveau intermédiaire. Ce n’est pas un changement mineur : il touche plus de huit millions de garçons et de filles scolarisés en Espagne et place enfin l’alimentation scolaire à la place qu’elle mérite dans les politiques publiques. Et cela vient aussi après des années de travail d'entités, de professionnels et de communautés éducatives qui ont défendu que l'alimentation à l'école n'est pas une procédure logistique, mais un droit et un outil pédagogique de premier ordre.
Depuis trop longtemps, les cantines scolaires souffrent d’un manque de vision structurelle. Dans un pays où un enfant sur trois est en surpoids et où les inégalités alimentaires s’aggravent, l’école doit être un espace protecteur. Cependant, la déconnexion avec l'origine et la saison des aliments, la faible participation des familles, le manque de soutien à la formation et l'absence de normes communes ont limité son potentiel. L'alimentation des nourrissons en Espagne avait besoin d'un changement profond, et ce décret est une réponse à cette urgence.
Le décret qui entre désormais en vigueur intègre des avancées que nous réclamons depuis des années auprès de plusieurs organisations. Parmi eux, l’un d’eux se distingue par sa capacité de transformation : l’introduction obligatoire de protéines végétales comme deuxième plat entre une et cinq fois par semaine. Il s’agit d’un changement structurel qui reconnaît enfin le rôle central des légumineuses et autres sources végétales (fruits, légumes, céréales complètes) dans une alimentation saine, durable et accessible. Pour ceux d'entre nous qui font la promotion d'idées telles que la campagne nationale pour des légumineuses de qualité depuis une décennie, cette étape représente un soutien institutionnel à une demande historique.
Une autre avancée fondamentale est la garantie de menus adaptés non seulement aux allergies ou intolérances, mais aussi à des raisons éthiques ou religieuses. Cela représente une étape décisive vers l’inclusion et le respect de la diversité culturelle et alimentaire des familles.
Le contrôle et la surveillance, autre point critique, sont également renforcés
La transparence, historiquement l’une des grandes lacunes du système, est également renforcée. Désormais, les centres doivent publier mensuellement des menus détaillés, comprenant les techniques de cuisson, les accompagnements, les sauces et les allergènes, et guider les familles sur la manière de compléter le dîner. Mais la transparence ne peut pas être simplement au menu. Le grand défi en suspens est la gouvernance de la cantine scolaire : qui décide, comment elle est gérée, quel rôle ont les familles, les élèves, le personnel de cuisine et de surveillance. Sans véritables espaces de participation, sans coresponsabilité, sans mécanismes de suivi clairs et mieux encore, la transformation sera assez limitée.
Le contrôle et la surveillance, autre point critique, sont également renforcés. L'Agence espagnole de sécurité alimentaire et nutritionnelle (AESAN) a mis à jour le programme 2.16 du Plan national de contrôle officiel de la chaîne alimentaire, qui s'étend jusqu'en 2030. Les communautés autonomes réviseront la programmation des menus et procéderont à des inspections en personne, en enregistrant les non-conformités dans les rapports officiels qui parviendront aux centres, aux AMPA, aux entreprises de restauration et aux administrations éducatives.
Ce décret n’est pas né du vide. Il s’inscrit dans un mouvement européen plus large qui reconnaît l’alimentation scolaire comme un pilier de la justice sociale. La Garantie européenne pour l'enfance, le programme de distribution de fruits et légumes et des projets tels que SchoolFood4Change vont tous dans la même direction : traiter les repas scolaires comme un investissement stratégique et non comme une dépense. Les preuves en faveur de l'approche globale de la nutrition à l'école (w) sont claires : lorsque la nutrition est intégrée en tant que thème transversal dans le programme et la culture de l'école, les résultats sont mesurables et transformateurs.
Ce qui commence ce jeudi, c'est en réalité la consolidation du travail collectif. Nous faisons pression depuis des années pour que l'Espagne se rapproche de modèles tels que ceux de l'Estonie, de la Suède et de la France, où les repas scolaires sont un droit universel et un outil éducatif. Ce décret ne résout pas tous les défis, mais il marque un avant et un après. Il est désormais temps de continuer à avancer, notamment en matière d’éducation alimentaire, car aucun changement structurel ne sera durable sans une citoyenneté (in)formée et critique, capable de considérer la nourriture comme un acte de santé, de culture, de responsabilité communautaire et environnementale.