Aphorismes pour la vie quotidienne

Qu'est-ce qui dit de nous une phrase que nous répétons sans s'en rendre compte? Jusqu'où ces expressions familières peuvent devenir de petites boussoles réfléchies? Et si tout le monde emporterait avec lui un répertoire d'aphorismes qu'il a fait, ne serait pas là la semence d'une philosophie de tous les jours?

J'y pense à un cadeau attachant que j'ai reçu il y a quelques jours, de mes amis: un recueil avec mes phrases les plus fréquentes, transformés en aphorismes. Entre le rire et la tendresse, j'ai compris que ces phrases que l'on jette, sans trop réfléchir, peut devenir des miroirs de la façon dont nous vivons.

Je vous invite à méditer sur le pouvoir de l'aphorisme. Une brève phrase peut avoir la force d'une question qui dérange ou une vérité qui réconforte. Il ne livre pas de traité, mais ouvre un chemin à penser.

Deux de mes aphorismes en servent d'exemple. Le premier: « Pourquoi faciliter les choses si nous pouvons le rendre difficile? » Il est né comme ironie, mais dépeint une manie que nous partageons: transformer le simple dans le labyrinthe, mettre des obstacles inutiles à ce qui pourrait couler. Nous le disons en riant, mais au fond, c'est un appel à l'attention sur notre coutume de complication de la vie, de surdimensionner ce qui pourrait être résolu simplement. Cette exagération, si humaine, nous rappelle que le choix du simple est aussi un acte de sagesse.

Le second est: « Quel besoin …? », Qu'est-ce qui fonctionne comme un rappel de l'économie morale de la vie, pour ne pas charger de drames ou de tâches superflues. Il nous invite à filtrer ce que nous faisons, à discerner entre l'essentiel et l'accessoire.

Peu importe qu'ils soient leurs propres expressions ou prises. La vérité est que nous faisons le nôtre parce que nous sentons qu'ils nous représentent et que nous les transformons en une partie de la vie quotidienne.

Ce n'est pas un accident que la philosophie a toujours eu recours à l'aphorisme. Héraclite a écrit dans des phrases énigmatiques qui ont forcé le déchiffrement, Nietzsche a préféré la foudre d'une phrase au poids d'un système, et María Zambrano faisait confiance à l'intuition poétique comme un moyen de pensée. L'aphorisme était, pour eux, l'instruction spirituelle: un flash qui a ouvert plus de questions que de réponses.

Aujourd'hui, nous en avons également besoin. Parce que les aphorismes condensent ce que nous apprécions, aidez-nous à déchiffrer et à révéler comment nous interprétons le monde. Tout le monde, sans le proposer, porte avec lui un petit manuel de philosophie personnelle faite de phrases répétées, de virages d'humour, de mots héréditaires.

C'est pourquoi l'invitation est de voir comment nous parlons: que répétons-nous sans s'en rendre compte? Quelles phrases nous définissent plus que nos biographies? Quels gestes de langue disent plus qu'un discours entier? Dans la culture numérique, les emojis remplissent une autre fonction: ils ne remplacent pas l'aphorisme, mais montrent que nous continuons à condenser dans des expressions simples ce que nous ressentons ou pensons, nos émotions.

L'aphorisme ouvre un horizon de réflexion, les emoji un enregistrement affectif immédiat; Les deux se souviennent que le mémoire n'est pas superficiel, mais une façon de toucher l'essentiel. Peut-être réside-t-il à sa beauté partagée: en contenant, dans un bref accident vasculaire cérébral, l'intensité d'un monde entier.

Et peut-être que lorsque nous revenons à nos propres phrases, nous trouverons la réponse aux questions avec lesquelles nous commençons: ce que nous répétons chaque jour est caché la philosophie avec laquelle nous vivons.

Tel quel.

@eskole