Les relations entre les Catalans et l'Union européenne se renforcent 40 ans après l'adhésion de l'Espagne, mais elles ne sont pas sans nuances. Le sentiment pro-européen continue de croître, notamment parmi les jeunes, qui voient dans le projet communautaire un bouclier de protection dans un contexte mondial incertain. Cependant, ce soutien coexiste avec un certain manque de connaissances et avec un regard plus critique sur le fonctionnement des institutions européennes et leur capacité à apporter des réponses efficaces aux préoccupations des citoyens.
Dans ce contexte, la crise du logement, commune à la plupart des États membres, apparaît dans le débat et est placée comme une question prioritaire pour les prochains budgets de l'UE pour 2028-2034. Plus de la moitié des Catalans (52%) le mentionnent lorsqu'on leur demande quelles devraient être les priorités, avant la défense, la politique migratoire ou le changement climatique, comme le reflète une enquête du Centre d'Estudis d'Opinió (CEO) de la Generalitat et du Bureau du Parlement européen à Barcelone réalisée du 23 mars au 13 avril sur la base de 1.000 entretiens téléphoniques avec des citoyens de l'UE résidant en Catalogne.
L'enquête, commandée à l'occasion du 40ème anniversaire de l'adhésion de l'Espagne et du Portugal à l'UE, conclut que six Catalans sur dix (58%) se considèrent très ou plutôt européistes, contre 37% qui déclarent se sentir peu ou pas du tout européistes. Or, ce sentiment s'élève à 65% dans la tranche d'âge de 18 à 24 ans, alors que seulement 28% des plus jeunes déclarent ne pas le ressentir. Par rapport à l’enquête précédente, à partir de 2024, l’européanisme des plus jeunes a augmenté de 29 points.
Le chef du bureau du Parlement européen à Barcelone, Sergi Barrera, a rappelé que le travail de terrain s'est déroulé entre mars et avril, « une période de forte tension politique internationale » qui « a peut-être activé l'européanisme, en particulier parmi les jeunes générations ». Barrera a souligné lundi, lors de la présentation de l'enquête, qu'il s'agit de données « pertinentes en tant que société, car ces dernières années s'est consolidée une histoire selon laquelle les jeunes sont en marge et déconnectés du projet européen. Cette photographie indique que non seulement ils ne le sont pas, mais qu'ils mènent le soutien à l'UE ».
Défis géopolitiques
Les Catalans, en général, exigent davantage de l’Europe, notamment une plus grande intégration et une action commune face aux défis géopolitiques majeurs. Dans ce domaine, 82% soutiennent une politique de sécurité et de défense commune, même si seulement 26% défendent une augmentation des dépenses. 89% estiment que l'UE devrait répondre conjointement aux menaces contre l'intégrité territoriale des États membres. Près de deux personnes interrogées sur trois (62 %) estiment qu'il est important que les partenaires fassent également partie de l'OTAN. Concernant la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine, le soutien aux sanctions et à l'action européenne est majoritaire (respectivement 74 % et 67 %).
La hausse de l’européanisme chez les Catalans – qui, à 58 %, soit trois points de plus qu’en 2024 – ne s’explique pas par une amélioration de l’évaluation du fonctionnement des institutions communautaires. Seulement 37% considèrent le fonctionnement de l'Union européenne comme positif ou très positif, contre 31% qui l'évaluent négativement, et une large majorité estime que la voix de la Catalogne est peu ou pas prise en compte à Bruxelles (90%). Le soutien à l’Europe coexiste donc avec un regard critique sur ses performances et sa capacité de réponse.
Le vice-président du Parlement européen, Javi López, a souligné qu'une partie de l'augmentation des perceptions négatives à l'égard de l'Union européenne par rapport à 2024 est liée à la gestion du conflit à Gaza et, en général, à la réponse européenne à la situation au Moyen-Orient. « Critique légitime pour leur incapacité à apporter une réponse à la hauteur de l'ampleur des crimes commis dans la bande de Gaza », a-t-il ajouté. Selon lui, ce rebond de l'européanisme s'explique aussi par le nouveau contexte géopolitique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Il a conclu que, face aux menaces posées par Vladimir Poutine et Trump lui-même, les Catalans « demandent plus d’Europe ».