Deux études récemment publiées par la Fondation Bofill et par l'AFFaC (Associations Federades de Famílies d'Alumnes de Catalunya) montrent qu'en Catalogne il existe un grave déficit de places dans les écoles publiques et, d'autre part, une offre excédentaire de places dans les écoles subventionnées. En fait, ce n'est que dans certaines zones de la commune de Tarragone (Terra Alta, Montsià, Baix Ebre, Ribera d'Ebre et Priorat) et de Lleida (Alta Ribagorça, Pallars Sobirà, Vall d'Aran, La Noguera) que les places publiques répondent à la demande. Si on les examine en termes démographiques, les données sont encore plus problématiques : seuls 54 % des étudiants dans une zone aussi peuplée que Barcelone sont couverts par l'offre publique.
Il faut s'interroger sur les raisons sous-jacentes du phénomène : au début de la phase de consolidation démocratique, le réseau public était clairement déficient. À cette époque, au sous-financement s'ajoutait également un militantisme scolaire qui promouvait des centres privés à vocation publique qui, dans leurs stratégies éducatives, proposaient un renouveau pédagogique et une éducation à des valeurs impensables dans un environnement de dictature.
Pour toutes ces raisons, il fut initialement décidé d'utiliser la formule du concert : l'administration payait les salaires des enseignants de l'école concertée et ces derniers s'engageaient à satisfaire les besoins éducatifs qui ne pouvaient être couverts par l'école publique. Au fil des décennies, on aurait pu opter pour une expansion progressive du réseau public, ce qui n’a pas été le cas. Au contraire, le modèle concerté est devenu chronique et les sommes d’argent que l’administration consacre aux concerts ont considérablement augmenté.
Le problème, au-delà de tout a priori idéologique, est que les centres subventionnés ont eu et ont des mécanismes directs et indirects de sélection des étudiants. Si pendant une partie du temps qui sépare le présent du début de la récupération démocratique, cela s'est traduit par une ségrégation un peu plus grande, depuis l'émergence du phénomène migratoire au début de ce millénaire (et plus encore après la crise économique de 2008), l'école à charte a été l'un des mécanismes de séparation les plus draconiens pour des raisons de classe et d'origine. Sans aller plus loin, le rapport de la Fondation Bofill explique comment aujourd'hui à l'ESO 84% des étudiants issus de l'immigration – et, en général, d'une situation économique plus faible – étudient dans les écoles publiques, et en même temps, comment la présence d'écoles subventionnées est une variable fortement corrélée à la situation socio-économique de l'environnement : quartiers plus riches, écoles plus subventionnées (et donc plus blanches).
Avec ces données, nous devons conclure que le système éducatif catalan est loin d’être un mécanisme de redistribution des opportunités et des droits pour tous les citoyens, comme il devrait l’être dans une société véritablement démocratique. Dans le passé, les deux autres expériences de gouvernements de gauche que le pays a connu n’ont pas osé toucher au modèle. Il serait opportun que cette tâche, trop longtemps en suspens, soit mise en œuvre dès maintenant.