« Noël amer » : même les sentiments sont intentionnels. Là tu

Je ne sais pas qui invente certains termes, ni quels intérêts ils servent, mais ils font que chaque dieu (j'exagère ; certains d'entre nous y sont allergiques) les utilise continuellement pour expliquer l'humain et le divin. Surtout la caste politique. Et une partie notable des médias. Ce sont des expressions comme « l’histoire » et « la résilience ». Et du côté des genres artistiques, l’autofiction est désormais devenue à la mode.

Ces derniers temps, les créations littéraires et cinématographiques réussissent mal en ventes, au box-office et en appréciation critique si elles ne sont pas des autofictions. Autrement dit, convertir des expériences personnelles intenses et intimes en fictions apparentes. Et si quelqu’un dans le monde du cinéma est conscient, tributaire et exploiteur des nouvelles modes, de ce qui est cool ou va être cool à différentes époques, c’est bien Pedro Almodóvar.

Dès lors, il recourt à l'autofiction pour nous parler d'un créateur qui vampirise les expériences intimes et tragiques de son environnement le plus confidentiel pour inventer son nouveau film. Je déduis cela en voyant, en écoutant et en souffrant. Ou peut-être que je n'ai pas compris de quoi parle l'intrigue, tout cela étant intense, dramatique et soi-disant complexe. Mais pour moi, cela ne provoque qu’une perplexité ennuyeuse et malsaine ; Il s’agit d’une autre exposition de design dans laquelle la tempête des sentiments semble aussi être le design.

Et à aucun moment n'apparaissent le sens de l'humour, la grâce, l'ironie, le sarcasme, vertus que je reconnais dans certains films de cet homme. Pas exactement dans sa comédie la plus folle, une petite chose infâme appelée . Désormais, il n'est obsédé que par la transcendance, les blessures incurables de l'âme, l'accumulation de malheurs, l'accumulation de pilules sous la langue et les visites continues aux urgences pour pouvoir supporter les crises de panique et d'angoisse, les tentatives de suicide infructueuses, la perte inconsolable des êtres les plus chers. Et puisse ce malheureux matériel physique émotionnel servir à créer un plus grand art à travers des images et des sons.

Pendant un temps qui me semble interminable, je n'arrive pas à trouver une posture détendue dans le siège du cinéma devant l'accumulation d'absurdités à l'aura solennelle que dégage l'écran. Ce sentiment désagréable de honte des autres m’envahit même. Je ne suis que légèrement soulagé par la présence d'un certain Bonifacio, Boni pour les amis, un pompier et pour les dames très ivres célébrant des enterrements de vie de jeune fille. Ce Boni, qui est aussi mannequin en slip, soigne la dépression et les violentes migraines de son improbable petite amie, une réalisatrice culte (quel gâchis expliquant ce que les critiques définissent comme des films cultes) par le sexe et dans les hôpitaux, qui, après avoir échoué, se consacre à faire fortune grâce à la publicité. J'imagine que ce couple va baiser beaucoup et bien, mais je ne les imagine pas discuter constamment des mystères de la condition humaine. Je ne crois à rien, bien sûr, y compris à cette relation impensable, mais ce type me provoque une certaine tendresse au milieu d'un torrent d'impostures. Et je ne suis toujours pas très sûr que ce matériel intime, ou au pire le réalisateur l'explique terriblement, soit utile au scénario que le réalisateur tourmenté est en train de réaliser.

Des dialogues, des personnages et des séquences peuplés de femmes souffrantes et abattues qui ne supportent pas le candaulisme ou qui ont subi la perte de ce qu'elles aimaient le plus défilent sous mes yeux fatigués et m'étonnent par leur ridicule. Eh bien, cela ne fait qu'atténuer les rires qui m'échappent lorsque ce réalisateur vampirique réaffirme son droit au pillage parce que Federico Fellini et Ingmar Bergman l'ont fait aussi. Cet Almodóvar ne lésine pas sur ses légitimes désirs de grandeur. Dans le suivant, il peut être comparé à Edward Hopper, le sublime peintre de la solitude, ou encore à William Shakespeare, le portraitiste inégalé de l'âme humaine. Le non-sens abonde dans ce drame sombre. Mais le moins qu'on puisse leur demander, c'est qu'ils aient un point de grâce.

Noël amer

Adresse: Pedro Almodovar.

Interprètes : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit.

Genre: drame. Espagne, 2026.

Durée: 111 minutes.

Première : 20 mars.