L'Église catholique espagnole refuse une fois de plus de conclure l'accord avec le gouvernement pour verser des indemnisations aux victimes de pédophilie sous le contrôle du Médiateur. Les trois institutions ont prévu de signer jeudi le protocole qui marquera les étapes à suivre pour exécuter les procédures pour demander et payer ces réparations. Des sources proches du processus racontent à ce journal que le problème tourne autour des montants, dont la hiérarchie ecclésiastique sera exclusivement responsable. Il s'agit également de savoir si le Médiateur est compétent pour examiner les indemnisations que l'Église a déjà versées en interne et qui, selon les associations de victimes, ont été, à plusieurs reprises, « ridicules et humiliantes ». La Conférence épiscopale espagnole (CEE) a publié mercredi un tweet dans lequel elle affirme que « le travail se poursuit pour l'accord » avec le Médiateur et l'Exécutif « dans le but d'offrir le plus rapidement possible aux victimes une nouvelle manière d'accéder au plan de réparation qui puisse réparer les dommages causés ».
Le 8 janvier a eu lieu la nouvelle selon laquelle l'Église prendrait en charge les réparations pour les cas de pédophilie prescrites par arbitrage. Le ministre de la Justice et de la Présidence, Félix Bolaños, a signé un accord avec le président de la CEE, Mgr Luis Argüello, et la Conférence espagnole des religieux (Confer), dans lequel ils ont accepté que le Médiateur soit l'organisme qui examinerait chaque cas et fixerait les montants. La hiérarchie ecclésiastique peut faire appel des résolutions du Médiateur, mais elle a accepté que l'organisme dirigé par Ángel Gabilondo ait le dernier mot. « Nous voulons assumer notre propre responsabilité », a déclaré Argüello lors d'une conférence de presse après la signature de l'accord.
Bolaños a ensuite annoncé que dans un mois il signerait à nouveau un protocole avec les dirigeants des évêques et des ordres religieux, ainsi qu'avec le Défenseur du peuple, afin que les procédures puissent commencer le plus rapidement possible. Mais deux mois plus tard, il n’y a toujours pas d’accord. Les détails de ce nouveau document devaient contenir, entre autres, les barèmes d'indemnisation.
Question des « pâtes »
Des sources épiscopales affirment à ce journal que les « pâtes » sont le conflit qui « génère le plus de tensions » au sein de l’Église. Les frictions tournent également autour du Priva (plan global de réparation pour les victimes d'abus), une commission créée il y a plus d'un an par le CEE et la Confer pour gérer en interne et sans garanties les réparations pour les cas d'abus qui leur parviennent par l'intermédiaire de leurs bureaux. Les montants varient de 1 000 à 91 000 euros, parfois ils diffèrent entre certains cas et d'autres, bien qu'ils soient similaires. Un exemple : deux victimes qui ont subi des abus similaires (attouchements), l'une dans une école salésienne et l'autre chez les Jésuites, ont reçu deux montants différents. L’un a reçu respectivement 3 000 euros et 30 000 autres. Dix fois plus.
Avant la signature de l'accord entre l'Église et le gouvernement en janvier, les associations de victimes ont exigé que soit envisagée la possibilité pour les personnes insatisfaites de ces réparations que les évêques et les ordres religieux ont déjà payées d'avoir la possibilité de s'adresser au Médiateur. Dans le document signé, enfin, il apparaît que la commission Priva sera celle qui recevra les rapports du Médiateur pour chaque cas afin qu'elle « exprime son accord, ou son opposition motivée à la proposition ».
À ce stade, l'Église peut envoyer des informations sur ce cas si elle a déjà enquêté en interne ou, le cas échéant, informer si elle a déjà effectué une réparation à la victime « afin d'éviter les doubles emplois ». Même s'il n'est pas précisé si une victime peut être réparée à nouveau à travers cette nouvelle procédure, les deux sources de la CEE et du ministère ont affirmé alors que cela serait possible, après avoir étudié chaque demande. Cependant, des sources proches du processus ont avancé hier soir que cette situation pourrait désormais remettre en question « le travail des professionnels nommés par l'Église » et transformer le bureau du Médiateur en « une cour d'appel ».
D'autres sources épiscopales ont indiqué aux médias que, parallèlement à cette affaire, les évêques voient d'un mauvais oeil le fait que Bolaños se rende ce vendredi au Vatican avec Felipe VI pour rendre visite à Léon XIV, et qu'il utilise la signature du protocole comme un triomphe du gouvernement devant le secrétaire d'État, Pietro Parolin. Cependant, aucune visite officielle de Bolaños avec ce haut fonctionnaire n'est prévue.
La prochaine mise en œuvre de ce modèle de réparation intervient après le refus constant de la CEE de faire face au scandale et sept ans après qu'EL PAÍS ait lancé une enquête sur des cas de pédophilie dans le clergé. Le travail de ce journal a amené, entre autres mesures, à ce que le Congrès, en 2022, à la majorité absolue, confie au Médiateur un rapport sur l'ampleur des crimes et une batterie de recommandations, y compris des réparations pour les personnes concernées. Des sources épiscopales ont révélé à ce journal que le pape Léon XIV avait exhorté la CEE en novembre, lors d'une réunion avec la commission exécutive au Vatican, à résoudre au plus vite le conflit avec le gouvernement espagnol pour indemniser les victimes de pédophilie. L'affaire était bloquée depuis un an et demi par les évêques, qui qualifiaient la proposition du gouvernement de « procès condamnatoire » de l'Église.