Améliorer les salaires, un objectif du pays

Ces dernières semaines, la Catalogne a connu deux grandes mobilisations impliquant des groupes aussi importants que les enseignants et les médecins. Leurs revendications ne sont pas nouvelles : les troubles viennent de loin et s’accumulent en raison de la détérioration continue amorcée avec la crise de 2008. Tant dans l’éducation que dans le système de santé, la dévaluation des salaires s’est produite parallèlement à une intense détérioration des conditions de travail due à des changements sociologiques qui n’ont pas été abordés avec de nouvelles ressources.

L’intégration scolaire et l’arrivée d’élèves immigrés présentant des déficiences initiales et des conditions de vie familiales précaires ont fait augmenter de façon exponentielle le nombre d’élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, sans que les ressources pédagogiques n’aient augmenté dans les mêmes proportions. Il en va de même pour les soins de santé : la forte augmentation de la population et les nouveaux besoins sanitaires liés à une plus grande longévité ont conduit le système à une situation de stress permanent qui pèse sur les épaules de ses professionnels.

Le récent accord entre le gouvernement catalan et les syndicats de l'éducation CC OO et UGT reposait sur deux piliers : l'amélioration des ratios d'étudiants et des ressources pour répondre à la diversité, et l'amélioration des salaires. Ces dernières ont été jugées insuffisantes par le syndicat USTEC, majoritaire, qui a mobilisé des milliers d'enseignants. Dans le cas des médecins, il n’y a même pas de négociation. Il est vrai que la revendication d'un statut-cadre spécifique pour les médecins ne dépend pas de la Generalitat et constitue également une revendication difficile à accepter car elle implique la rupture du cadre de négociation commun à tous les professionnels de la santé. Mais les revendications salariales et les améliorations de l'organisation du travail (y compris les astreintes) dépendent du ministère de la Santé.

Ces revendications salariales sont légitimes et devraient faire l'objet d'une réflexion approfondie de la part du Gouvernement. Le président du Conseil économique et social, l'économiste Antón Costas, répète chaque fois qu'il en a l'occasion que l'un des mécanismes à aborder pour garantir que la prospérité reflétée dans les données macroéconomiques atteigne l'ensemble de la société est d'améliorer la qualité des emplois dans les services. Les travailleurs de l’industrie sont mieux payés, mais la production manufacturière ne représente qu’environ 18 % de l’emploi. Dans ce contexte, parvenir à une rémunération plus élevée dans le secteur des services devrait être un objectif prioritaire du pays, à commencer par les services publics.

Les salaires dans les services privés comme le tourisme, l’hôtellerie ou les soins doivent bien entendu être améliorés, car c’est dans ces secteurs que se génère et se concentre le taux de pauvreté le plus élevé. Mais il faut aussi améliorer les salaires des classes moyennes, qui ont perdu à la fois leur pouvoir d’achat et leur pouvoir de négociation. La baisse des salaires et l’augmentation de la précarité de l’emploi qui ont commencé dans les années 1990 n’appauvrissent pas seulement ceux qui en souffrent directement. Cela appauvrit la majorité sociale et met en danger l’ensemble de l’État-providence. Avec des salaires bas, peu de pensions pourront être versées.

C’est cette approche qui devrait inspirer l’approche des plaintes des médecins et des enseignants. L’amélioration des salaires dans les secteurs de la santé et de l’éducation peut constituer un puissant levier de revitalisation économique et de redistribution des richesses. C’est une erreur de considérer leurs revendications uniquement comme une augmentation des dépenses publiques. Une partie de ces augmentations se traduira par une consommation accrue et des recettes fiscales plus importantes permettant de financer les prestations sociales.