Barcelone propage la pauvreté dans les villes environnantes

La pauvreté diminue dans la ville de Barcelone tandis qu'elle augmente dans les communes environnantes. C'est l'une des questions confirmées par celles publiées ce mardi par l'Institut Metrópoli à partir de celle de l'INE élargi par l'Idescat en Catalogne. En moyenne, le risque de pauvreté dans les communes de l'Aire Métropolitaine de Barcelone (AMB) est de 19,4%, soit un peu moins qu'il y a deux ans. Mais si l'on regarde à la loupe, on peut voir comment la pauvreté a diminué depuis lors dans la capitale catalane (de 19,7% à 16,4% de la population), tandis que dans le reste de l'AMB, elle est passée de 19,8% à 22,4%.

En outre, la vulnérabilité ne peut s'expliquer sans tenir compte des conditions de vie de la population étrangère : elle touche 32,8 % de la population née hors d'Espagne, contre 14,8 % de la population née en Espagne. Si l'on parle des mineurs, la pauvreté est particulièrement intense dans la tranche d'âge de 0 à 16 ans (31,4% sont menacés de pauvreté). Il y a 148 000 enfants menacés de pauvreté, dont 70 % sont d'origine étrangère. Quand on parle de risque de pauvreté, il existe encore une fois des différences entre Barcelone et ses environs : les étrangers du premier cercle exposés au risque de pauvreté sont 39,5%, contre 26,3% dans la ville de Barcelone.

L'enquête montre également que, malgré l'amélioration des taux de pauvreté générale, le sentiment de ne pas joindre les deux bouts augmente : un sentiment exprimé par 23,1% des personnes interrogées contre 21,5% il y a deux ans. Les données indiquent également l'impact de la crise du logement sur la population métropolitaine : 77,4% trouvent difficile de trouver un logement adapté à leurs besoins dans leur quartier ou leur municipalité, 23% ont changé de logement au cours des cinq dernières années et 24% ont déménagé pour des raisons économiques ou forcées.

Les données de cohésion urbaine montrent que le taux de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale (ARPOE) suit le même schéma lorsque l'on parle de la ville de Barcelone et de ses environs. À Barcelone, il a diminué entre 2022 et 2023 (de 25,% à 21,1%), tandis que dans le reste de l'AMB, il a augmenté (de 26,9% à 27,7%). Ce taux mesure les personnes qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : risque de pauvreté, forte privation matérielle et sociale ou faible intensité de travail à domicile. À la question de savoir si la capitale propage la pauvreté dans son environnement, le responsable du secteur de cohésion sociale et urbaine de l'Institut Metropoli, le sociologue Sergio Porcel, souligne qu'il s'agit d'un phénomène « qui a été étudié, débattu et intuitif », mais il affirme qu' »il n'y a pas de données adéquates pour mesurer le phénomène, il y a un manque de preuves ». Porcel, directeur de l'étude, souligne les facteurs qui expliqueraient cette différence : « La composition des profils de population de Barcelone est plus favorisée par la dynamique économique et la présence d'étrangers avec des revenus plus élevés que la population locale, tandis que dans le premier cercle, il y a plus de migrations non qualifiées ». Le coût du logement affecte également particulièrement la population migrante et à faible revenu, comme l'Institut Metrópoli lui-même l'a mis en garde dans d'autres travaux.

L’impact du public et une augmentation notable des revenus

Le rapport confirme une fois de plus comment les transferts sociaux du système public (que ce soit sous forme de prestations, d'aides et de retraites) contribuent de manière décisive à la réduction de la pauvreté. Au cours de la période 2024-2025, après les transferts, la population métropolitaine exposée au risque de pauvreté est réduite de 41,6% à 19,4%. Autrement dit, sans cette intervention publique, la pauvreté doublerait.

Un autre fait frappant est l'augmentation du revenu annuel médian : dans les ménages barcelonais, il augmente de près de 12,5% par rapport à l'enquête précédente et s'élève à 46 048 euros. Par rapport à 2020-2021 (années de pandémie), l’augmentation est de 32 %. Une augmentation que le directeur de l'étude attribue au cycle actuel de croissance économique : elle augmente les salaires, réduit le chômage, et s'ajoute à des mesures comme les augmentations successives du Salaire Minimum Interprofessionnel (SMI). Une autre raison pourrait être la présence dans la ville de travailleurs étrangers hautement qualifiés travaillant dans des entreprises internationales, mais il n'est pas clair que leur réalité se reflète dans les enquêtes sur les conditions de vie.