Chaque 8 mars, le débat se concentre sur les écarts auxquels sont confrontées les femmes : salaires, emploi et représentation politique. Mais il y a une dimension qui est habituellement laissée de côté : celle des filles. Les faits indiquent que bon nombre de ces inégalités n’apparaissent pas à l’âge adulte. Ils se construisent avant, pendant l'enfance et l'adolescence.
Les résultats du SIMCE, publiés cette semaine, fournissent un premier signal. Bien qu’ils montrent une reprise générale de l’apprentissage après la pandémie, la perspective de genre nuance cet optimisme. En mathématiques, l’écart s’est creusé en quatrième, huitième et deuxième années, et les résultats des filles restent inférieurs aux niveaux d’avant la pandémie. En lecture, les écarts qui les favorisaient historiquement se sont réduits, non pas en raison d'une amélioration de ceux-ci mais en raison d'une stagnation de leurs résultats face aux progrès des enfants. Derrière cela, les croyances culturelles continuent d'opérer : 36 % des élèves de sixième considèrent que certaines matières sont plus difficiles pour un sexe que l'autre, et 45 % des élèves de deuxième estiment qu'il existe des métiers plus adaptés aux hommes qu'aux femmes (SIMCE 2024).
Les lacunes vont cependant bien au-delà de l’apprentissage. En matière de santé mentale, la prévalence des symptômes dépressifs ou anxieux entre la septième et le troisième cycle est presque quatre fois plus élevée chez les filles que chez les garçons : alors que près d'un enfant sur 10 présente ces symptômes, chez les filles, ce chiffre dépasse un sur trois. L’écart s’est également considérablement creusé après la pandémie, passant de 14 à 26 points de pourcentage entre 2017 et 2023 (Enquête nationale sur la polyvictimisation 2017-2023). Il est vrai que les problèmes de santé mentale peuvent s’exprimer différemment selon le sexe et que certains modèles culturels influencent la manière dont le mal-être est déclaré. Mais des différences apparaissent également dans les facteurs de risque concrets et mesurables.
L'un d'eux est l'activité physique : près d'une fille sur deux déclare ne pas la pratiquer, contre un garçon sur trois (Enquête Jeunesse et Bien-être 2024, appliquée à plus de 130 000 élèves du secondaire). Les modes de consommation de substances ont également profondément changé : il y a dix ans, les adolescents consommaient davantage d'alcool, de marijuana et de tranquillisants en vente libre ; Aujourd'hui, ces écarts se sont inversés et ce sont les adolescents qui ont la prévalence la plus élevée (Enquête nationale sur les drogues dans la population scolaire, SENDA 2003-2023). Dans le monde numérique, 42 % des adolescentes passent plus de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, contre 26 % des garçons, et ce sont elles qui déclarent être plus exposées à des contenus inappropriés et à des violences sexuelles numériques (Enquête sur la jeunesse et le bien-être 2024 ; SIMCE 2024).
Les inégalités les plus invisibles se produisent au sein des foyers. Les filles déclarent deux fois plus d'expériences de maltraitance (ENP 2024), et les plaintes pour violence domestique sont également deux fois plus nombreuses chez les adolescentes de plus de 14 ans (CEAD 2024). Le chiffre le plus dur est celui des abus sexuels : 1 fille sur 4 entre 12 et 18 ans déclare en avoir subi à un moment donné de sa vie, contre 8% chez les garçons, résultats également cohérents avec des études rétrospectives auprès de la population adulte (ENP 2017-2023). À cela s’ajoute une répartition inégale du travail domestique : les filles participent plus fréquemment au travail domestique intensif ou dangereux des enfants, un écart qui se creuse à la préadolescence : entre 9 et 14 ans, 17,3 % des filles effectuent ce type d’activités contre 13,8 % des garçons (EANNA 2024).
Dans les pays industrialisés, la thèse s'est renforcée : l'idée selon laquelle certaines transformations culturelles laissent les enfants à la traîne dans des domaines tels que les résultats scolaires ou le placement professionnel. C’est un débat qui mérite attention, et les enfants chiliens sont également confrontés à de réels défis. Mais le transfert de cette thèse dans notre contexte requiert de la prudence : les preuves disponibles montrent qu'au Chili, ce sont les filles qui accumulent les désavantages de manière plus transversale et dans plus de dimensions à la fois.
Les données, prises ensemble, décrivent différentes trajectoires qui se traduisent par des expériences concrètes : une fille de douze ans est trois fois plus susceptible que son partenaire de présenter des symptômes dépressifs, une plus grande exposition aux risques numériques, plus d'heures de travail domestique et une probabilité significativement plus élevée d'avoir subi une forme de violence. Les lacunes dont nous discutons chaque 8 mars n’apparaissent pas soudainement sur le marché du travail ou en politique. Ils se construisent avant, dans le quotidien des filles. Pour évoluer vers une société plus égalitaire, il faut également s’y concentrer.