La décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) dans laquelle elle reconnaît l'immunité de Carles Puigdemont en tant que député européen en 2021 n'affecte pas le débat en cours sur l'application de l'amnistie au cas du leader des Junts. Mais l’absence d’effets pratiques de cet arrêt ne nous empêche pas de souligner la pertinence d’autres aspects de la résolution elle-même.
Premièrement, le fait que l'arrêt ne suit pas l'opinion précédente rendue par l'avocat général de la CJUE. Ce rapport était favorable au maintien de la décision adoptée par le Parlement européen de suspendre l'immunité du leader des Junts. Le jugement estime cependant que la suspension de cette prérogative n'a pas été adoptée avec les garanties requises. Concrètement, le tribunal a considéré qu'il était possible d'avoir des « doutes légitimes » sur l'impartialité du rapporteur chargé d'enquêter sur l'affaire, étant donné qu'il appartenait au même groupe politique que Vox, le parti qui a promu l'action pénale contre les dirigeants du parti en Espagne.
Cette évaluation permet de vérifier la sensibilité particulière de la CJUE pour être extrêmement garante, et prévenir les soupçons de contamination politique de ses résolutions. En parallèle, le fait que l'arrêt n'ait pas tenu compte de l'avis antérieur de l'avocat général conforte la prudence du Tribunal constitutionnel espagnol, qui depuis des mois traite sans hâte la demande de protection présentée par Puigdemont afin que la grâce lui soit appliquée et qu'il puisse retourner en Espagne. En bref, l'organisme de garantie attend l'arrêt que la CJUE attend sur la loi d'amnistie. L'objectif est de s'assurer du bien-fondé de la résolution de l'appel du leader des Junts. Il s'agit en particulier de vérifier si la CJUE suit l'avis antérieur susmentionné, qui assumait l'argument selon lequel le pardon des dirigeants de la normalisation politique de la Catalogne et non le bénéfice d'une « auto-amnistie » pour les intérêts partisans des groupes proposants.
Il est donc évident qu’il s’agit d’éviter que des contradictions n’apparaissent entre la justice européenne et la Cour constitutionnelle. Si l'harmonie entre les deux institutions peut être garantie, le risque que la Cour suprême prolonge le débat sur la portée de la grâce des dirigeants du projet indépendantiste avec une nouvelle contestation devant la CJUE aura été évité. La Cour constitutionnelle n’a pas formellement lancé le débat sur l’application de l’amnistie au délit de détournement de fonds, mais au sein même de la Cour, il ne fait aucun doute que l’actuelle majorité progressiste accepterait difficilement la thèse selon laquelle les promoteurs de l’amnistie se sont enrichis grâce à leur initiative parce qu’ils ne l’ont pas financée avec leur argent et leurs biens. Le recours de Puigdemont sera résolu assez rapidement dès qu'on saura si la CJUE partage le rapport de son avocat général dans le sens où la loi d'amnistie n'a pas porté atteinte aux intérêts financiers de l'UE ni violé les principes essentiels du droit européen.