Le gouvernement ferme une école rurale après cinq ans d'ouverture à la demande d'un maire

En septembre 2021, en pleine pandémie et après un demi-siècle de fermeture, l'école rurale du Palau de Santa Eulàlia, une petite commune de 130 habitants de l'Alt Empordà (Gérone), a rouvert ses portes. Cinq ans plus tard, le centre fermera car le maire, Xavier Baldrich, assure ne pas pouvoir l'entretenir et souhaite récupérer le bâtiment pour y installer l'Hôtel de Ville. La décision a divisé la ville ; les enseignants et les familles du centre la rejettent, tandis que le ministère de l'Éducation l'accepte.

L'école rurale Les Curculles compte 18 élèves, dont 11 appartiennent à l'école maternelle intégrée, originaires de villes voisines comme Siurana d'Empordà, Saus, Bàscara, Santa Llogaia d'Alguema ou Torroella de Fluvià. Bruna Berto, mère de deux élèves de ce centre, a décidé de s'installer au Palau de Santa Eulàlia en 2022, précisément en raison de l'existence d'une école. Il estime qu’ils « enlèvent un droit » et juge « inadmissible » que le gouvernement ferme une école qu’il soutenait il y a quelques années « sur la volonté d’un maire ».

Mireia Bellapart, la directrice qui a ouvert le centre, est aujourd'hui obligée, avec tristesse, de terminer un « projet personnel, basé sur les racines, sur la participation, sur le fait d'être un moteur en tant qu'école ». Concernant la décision du maire, il précise : « Chacun a une idée de la ville et à partir de là il fait sa politique ».

Xavier Baldrich a remporté les élections de 2023 par deux voix sous le sigle d'Agrupació d'Electors de Palau de Santa Eulàlia. Il assure qu'en devenant maire, ils ne s'attendaient pas à trouver un trou de 124.000 euros, qui dépasse 50% du budget ordinaire, d'environ 200.000 euros, et que « ce n'est pas ponctuel, mais plutôt un déficit structurel, qui augmente d'environ 30.000 euros chaque année ». « Nous avons dû élaborer un nouveau plan d’assainissement pour 2024-2027, et nous avons été contraints de réduire les services et d’augmenter les impôts. Nous avons supprimé les activités extrascolaires, nous avons supprimé le travail administratif et nous avons réduit le service de nettoyage », dit-il.

Grâce à l'avance de deux versements annuels du fonds de coopération du Conseil provincial d'une valeur de 35 000 euros (qui doivent être restitués), et à une contribution exceptionnelle du Gouvernement, ils ont pu clôturer l'année 2024 avec un reliquat positif de 85 000 euros. Le maire assure qu'avant de prendre la décision de fermer, ils ont essayé de faire assumer par la Generalitat une partie du coût, 25 000 euros. Mais lorsqu’ils ont compris que cela n’était pas possible, ils ont décidé de demander la clôture, « quelque chose qui n’est ni facile ni agréable », affirme-t-il. Son prédécesseur, l'ancien maire d'ERC, Xavier Camps, baisse le coût à 10 000 euros.

Camps critique la décision de son successeur et défend que le projet d'école rurale doit être basé « sur l'idée qu'il contribue à ce qu'un plus grand nombre de familles choisissent de vivre dans la municipalité et de s'enraciner dans le futur ». Il se souvient que, lors de l'ouverture de l'école, trois familles avec deux enfants chacune sont venues en ville et assure qu'il n'y a plus d'élèves de la ville « parce qu'ils disent depuis des années qu'ils vont fermer ». « C'est plus qu'une école, si on la perd, on perd l'âme et perdre l'âme, c'est mourir », conclut l'ancien maire.

Le ministère de l’Éducation fait valoir que le bâtiment est municipal et, si le conseil municipal ne veut plus y renoncer, « le ministère est obligé de fermer le service ». Cependant, le maire et l'ancien maire admettent que le transfert de propriété était indéfini. De même, l'Éducation minimise la décision et assure que seuls deux élèves sont originaires de la ville et que les autres ont la garantie d'être scolarisés dans d'autres centres.

Les familles n'y voient pas une solution et assurent que dans la ville voisine, Garrigàs, où le maire a emmené ses enfants, l'école « est effondrée ». Au Palau de Santa Eulàlia, il y a neuf enfants en âge scolaire, mais la majorité fréquente les écoles des villes voisines, « certains parce que leurs parents veulent la fermeture que le maire annonce depuis des années et d'autres parce qu'ils la craignent et ont choisi de les envoyer à l'école à l'extérieur », affirme l'association familiale (AFA) de l'école.

L'AFA dénonce une décision unilatérale, « sans aucun rapport objectif pour l'étayer » et estime qu'il s'agit d'une décision politique et personnelle du maire. « Fermer une école rurale, ce n'est pas économiser de l'argent, c'est condamner une ville à disparaître », ont déclaré plusieurs familles mercredi dernier, après les cours. Ils expliquent avoir choisi ce centre « parce que c’est un projet pédagogique ancré dans la ville, dans la nature ». L'un des parents conclut : « J'aurais honte d'avoir le malheureux honneur d'être le seul maire à demander la fermeture d'une école. »

L'école est située dans un bâtiment de deux étages de 210 mètres carrés, où se trouve également le centre social, et où sont organisées toute une série d'activités, comme des cours privés de yoga. Baldrich assure que son intention est de déplacer ici l'actuel hôtel de ville, récemment rénové, à côté du cabinet médical.