Le Conseil des ministres a approuvé mardi le projet de loi organique pour la protection numérique des mineurs, la mesure la plus importante prise en Espagne pour garantir leurs droits et éviter les dommages potentiels liés à un monde virtuel qui occupe une bonne partie de leur vie. L'âge moyen auquel un mineur accède à son premier téléphone mobile est de 11 ans, 95% des adolescents ont accès à Internet et 98,5% sont actifs sur les réseaux. De plus, depuis 2010, le temps qu’ils passent en ligne a doublé, il est donc crucial de minimiser les risques que représente pour eux l’utilisation de la technologie.
L'avant-projet, auquel ont collaboré quatre ministères des deux partenaires de l'Exécutif, a encore un long chemin à parcourir pour pouvoir être perfectionné et négocié avec tous les acteurs impliqués. Il est juste d’être plus garantiste que prohibitionniste, mais cela comble surtout un vide dans un domaine où la législation est toujours en retard sur la technologie et les intérêts des entreprises qui comptent parmi les plus puissantes de la planète.
Deux des questions qui permettront de mesurer l’efficacité de la loi sont, en même temps, celles qui posent le plus de difficultés. Le texte oblige les fabricants d'appareils disposant d'une connexion Internet à inclure par défaut des outils de contrôle parental. L'Exécutif devra donc négocier – également au niveau communautaire – avec des entreprises qui ne sont pas toujours basées en Espagne ou dans l'UE. Il en va de même avec la mise en place de systèmes de vérification de l'âge pour empêcher les mineurs d'accéder à des contenus pornographiques ou violents. L'Agence de protection des données a commencé en décembre à développer un outil de vérification qui, en principe, allait être prêt cet été, mais sa mise en œuvre est désormais liée à l'évolution du règlement européen sur l'identité numérique car il est essentiel que cette vérification ne entrer en collision avec le droit à la vie privée. Le fait qu’aucun pays n’ait encore été capable de créer un système véritablement efficace ne fait que souligner l’urgence de son développement.
La règle prévoit également des limitations controversées à l'utilisation des téléphones portables dans les écoles, ce que dans la pratique toutes les communautés ont déjà réglementé sur proposition du Conseil scolaire de l'État. Dans le domaine de la santé, les contrôles pédiatriques obligatoires incluent un contrôle supplémentaire pour détecter les addictions ou les situations à risque, un objectif louable à condition qu'il s'accompagne de l'expansion des ressources dans un pays présentant des carences notables en matière de prise en charge psychiatrique de l'enfance et de la jeunesse. La santé et l'éducation sont des pouvoirs autonomes, c'est pourquoi le Gouvernement et les communautés devront se mettre d'accord sur leur application et éviter que cela ne soit un motif de confrontation entre les administrations.
Des mesures telles que le relèvement de l'âge minimum pour s'inscrire sur les réseaux sociaux de 14 à 16 ans ou des modifications du Code pénal pour établir de quasi-interdictions, des peines aggravantes pour usage de fausses identités ou des sanctions contre la falsification de contenus à caractère sexuel ou humiliant devraient être saluées. Personne ne doute de l’importance de garantir la sécurité des mineurs dans le monde numérique. Il appartient à toutes les personnes impliquées de veiller à ce que ce soit le cas, également sur le plan juridique.